13.04.2008

Aux subversifs de toutes dégaines !

Tous les vendredis, quand on se ballade sur Maidan Nezalejnosti, la place de l'indépendance, celle qu'on a vue pendant la révolution orange ; donc tous les vendredis, on peut voir une clique de hardeux, metalleux, gothiques (de mon temps on appelait ça les hardeux, mais on ne va pas chipoter), new wave, punks... boire des bières sur la place en meute. Cinq cent affreux à tatouages, piercings et perfecto miteux, c'est un vrai attroupement de marginaux...
 
Une telle foule au Châtelet ou à Beaubourg, on se sent mal à l'aise. On se dit, en la traversant, il va m'en tomber un dessus et il va me trancher les oreilles... En Ukraine, c'est tout sauf ça. On pourrait presque dire, au fond, que c'est bon enfant. enfin... bon enfant... on ne va pas non plus exagérer... on fera une note spécifique sur la grimace ukrainienne.
 
Une telle différence nous amène à poser deux questions. La première question est naturellement "comment peut-on croire que l'habit fasse le moine ?", la seconde est "pourquoi le moine s'habille-t-il et se comporte-t-il comme il le fait ?" La réponse, je la donne de suite, ça nous évitera de nous perdre : nos petits subversifs à jean déchiré et dreadlocks pouilleux sont des jean-foutres.
 
En effet, on a ici le sentiment, que les apparences ont été récupérées et diffusées sans leur message. Faute de référentiel sociologique équivalent, les habitants des pays extra-occidentaux ne peuvent que tenter une identification à l'autre sur un mode où seul l'intérêt esthétique peut intervenir. Les habitants de l'ex-bloc soviétique n'on pas connu la mise à mort du socialisme par le communautarisme et l'individualisme. Ils ne peuvent pas comprendre les ghettos, Brixton, East LA et tous ces lieux générateurs de dégaine. Ils ne peuvent pas non plus comprendre la dépression pré- et post-Thatchérienne qui poussa les jeunes à se réfugier soit sous la coulpe anarchiste punk soit dans les jupes baudelairiennes des New Wave. Ils n'ont pas eu de rapport avec le mouvement rastafari, importation jamaïcaine d'une tradition africaine. 
 
Nos jeunes non plus, ces couillons qui arborent Che Guevara mais qui vomissent Castro, ne comprennent pas plus. Mais ils ont des pères qui leur expliquent (quand ils en ont le temps) les moteurs sociologiques des Hells Angels ou des Punks.
 
L'apparence n'est qu'une identification à l'autre. Quand on admire les barbudos, on se grimme en Barbudos. Quand on admire Britney Spears on se déguise en Britney Spears. En Ukraine, on admire l'occident ; ou plutôt, on pense que l'Occident est un standard, une norme, un idéal à atteindre. Il offre de nombreuses apparences, un vrai pannel cosmétique... chacun à le choix. Pour s'en convaincre définitivement, il suffit de regarder les filles dans la rue. La première moitié est déguisée comme des top models sur un podium, la seconde est attifurée en actrice de porno, pire encore, en "poseuse nue sur site internet". L'apparence a été récupérée, le message et l'érotisme ont été laissés dans la boite de Pandorre.
 
Punk, bimbo, rapeur, baronne, métrosexuel ibizesque, ce n'est rien d'autre qu'une apparence qui est vide de tout fondement sociologique et philosophique. On le sait, les grands hardeux comme Angus Young, les grands punks comme Joe Strummer, les immenses subversifs comme Orwell n'étaient pas déguisés comme ceux qui les copiaient. Pour rester dans les symbôles modernes, les momes teutons de Tokyo Hotel ou l'autre bouffon de Marilyn Manson ne sont rien d'autre que leur apparence. Ils ne portent rien que des tatouages, de la crème pour cacher les boutons sur leur gueule et des vêtements... des produits en quelque sorte. Regarder Manson, c'est ne voir qu'un tas de dollars et une subversion pour consommateurs. Il se prétend Baudelairien, ça lui ferait du bien de lire le compte rendu que Vallès a fait de leur rencontre.
 
La subversion ne peut être affaire d'apparence. Dans nos sociétés modernes, l'apparence n'est qu'une donnée commerciale. Plus il y aura d'offre, plus il y aura de demande et mieux les bourgeois mangeront. Etre subversif, c'est avant tout être soi, certainement pas être ce que l'on veut que les autres voient en nous.